Jeux Olympiques ratés, équipementier sur le départ, Romain Mesnil a passé le premier trimestre 2009 l'esprit loin de la perche. Une course nue dans les rues parisiennes perche à la main a
réussi à médiatiser sa recherche de sponsors et a lancé une saison sportive pleine avec une médaille d'argent aux championnats du monde de Berlin (5,85m). A 32 ans, le vice-champion du
monde 2007 a attendu la compétition la plus importante de l'année pour sortir son meilleur concours et décrocher sa deuxième médaille mondiale.
L'oeil de Mesnil : «C'est une année complètement folle, presque absurde. Je retiens la manière dont je me suis battu aux niveaux sportif et extra-sportif. C'est une année
dont je suis fier. J'ai toujours envie d'être tranquille mais en fait j'ai plein de projets en même temps. J'ai toujours fait deux choses, sports et études. C'est quand j'ai décidé de me
fixer sur le sport professionnel pendant quatre ans que j'ai douté le plus. C'est dans l'adversité qu'on fait ses preuves.»
La suprématie de Mesnil sur la perche française a été contestée en 2009 par la révélation Renaud Lavillenie. Champion d'Europe en salle pendant l'hiver (5,81 m) avant d'exploser en juin (5,96 m puis 6,01 m), ce dernier est toutefois resté
derrière son aîné aux championnats de France. Et, à Berlin, il a accompagné Romain Mesnil sur le podium, en prenant la médaille de bronze, à moins de 23 ans.
L'oeil de Mesnil : «J'ai appris de Renaud cette année. Il est tout fou, il ne se pose pas de questions. Je ne me dis pas qu'il faut que je fasse comme lui mais je me suis
inspiré de son enthousiasme : je jouais à la perche. En 2005, quand j'étais dans le trou, j'avais déjà retenu le naturel de Ladji Doucouré quand il est devenu champion du monde. Avec
Renaud, on n'a pas de discussion formelle autour d'une table. C'est plus au quotidien, en compétition. On s'entraide, on se donne des marques de passage. Mais c'est d'abord un concurrent,
surtout qu'il saute plus haut que moi !»
Coïncidence ou non, Romain Mesnil est sous contrat avec OVH, son sponsor, jusqu'à 2012, année des Jeux de Londres. S'il n'est jamais monté sur un podium olympique, d'autres défis en or
l'attendent d'ici : deuxième des championnats d'Europe 2006, des Mondiaux 2007 et 2009, il pourrait profiter des Mondiaux indoor à Doha et des championnats d'Europe à Barcelone pour enfin
monter sur la plus haute marche du podium. Probablement aussi forte qu'un titre, la barre des six mètres se pose comme un objectif indépassable de tout perchiste.
L'oeil de Mesnil : «Mes visions, je les raccourcis de plus en plus. Ça m'évite de trop cogiter. Evidemment, je pense aux Jeux, une finale aux JO, ça serait bien. Pour
l'instant, j'ai des objectifs sur l'hiver. Je veux enchaîner les compétitions en salle, si ça se passe bien, j'irai aux Mondiaux. Sinon je penserai à la saison estivale. Les six mètres,
j'y pense depuis dix ans. C'est toujours dans un petit coin de ma tête, peut-être plus que les grands championnats. Ça demande plus de précision qu'une médaille. Un podium, c'est lié au
feeling le jour J, à utiliser les moyens du moment. Pour les six mètres, il faut réunir toutes les conditions idéales.»
Au-delà de sa quête en tenue d'Adam pour un sponsor, on a souvent vu et entendu Romain Mesnil en dehors des stades. Premier président du syndicat des athlètes français fondé en 2007, le
perchiste avait aussi donné de la voix avant les Jeux Olympiques de Pékin, proposant aux athlètes de porter un badge pour rappeler à la Chine les valeurs de l'olympisme. Porteur d'un discours fort sur le sport, il pourrait se reconvertir comme Stéphane Diagana dans les instances
dirigeantes de la Fédé. Voire en politique comme David Douillet ?
L'oeil de Mesnil : «Je me suis toujours posé des questions sur le sport, sur ce que ça apporte à la société. Mes recherches avant les JO m'ont enrichi humainement. J'ai
fait des débats politiques. J'ai appris. Je ne ferme pas de porte. En politique, on retrouve la même chose que pour les sportifs de haut niveau. On aime bien être en avant, être reconnu.
Pour les instances dirigeantes de la fédé, si dans mon parcours, quand j'aurai l'expérience et l'âge, on me le propose, j'aurais envie d'apporter quelque chose au sport que j'aime. »
- Anthony THOMAS-COMMIN