Romain Mesnil, comment réagissez-vous aux incidents qui ont eu lieu lors du passage de la flamme à Paris ?
On le craignait. C’est dommage que cela se passe comme ça et qu’on médiatise ces incidents plutôt que les valeurs de l’Olympisme. En même temps, je comprends que des gens aient besoin
de manifester.
Vous avez personnellement opté pour des moyens plus pacifiques avec la création d’un badge siglé « Pour un monde meilleur ». Comment est née cette idée ?
C’est parti de la première tentative de ruban. J’ai appelé le CNOSF pour voir ce qu’on pouvait vraiment faire. La commission des athlètes s’est réunie et a retenu mon projet. Au départ,
ils voulaient juste mettre les anneaux olympiques sur un badge, ce que je trouvais complètement insignifiant. Au fil des conversations, on est tombé d’accord sur les anneaux accompagnés
d’un message fort, le but étant que le CIO ne puisse pas refuser notre proposition. Si c’était le cas, il réfuterait les fondements de l’Olympisme. Le slogan « Pour un monde meilleur »
fait d’ailleurs partie de la charte.
Ce message n’est-il pas trop consensuel pour frapper les esprits ?
Il y a effectivement eu des critiques. Mais on ne peut pas demander aux athlètes de porter un badge avec écrit : « Respect des droits de l’homme ». Car çà le CIO le prendrait comme un
infraction à la charte olympique… Il faut donc être plus intelligent que ça et passer outre. L’important, c’est le fond du message et qu’il y ait vraiment un signe distinctif. Pour
l’instant, ce n’est qu’un prototype qui ne me convient pas tout à fait. Le message doit être écrit beaucoup plus gros et en différentes langues, c’est-à-dire anglais et chinois.
« On s’en remet aux politiques »
Quelles sont les prochaines étapes ?
Personnellement, je discute avec la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF). Le but est clairement que tous les athlètes le portent aux JO. J’ai mis le projet sur les rails et
c’est désormais au CNOSF de discuter avec les autres comités, avec le CIO et de s’occuper de la logistique. Je vais quand même garder un œil en tant qu’initiateur parce que j’ai envie
d’être fier de porter ce badge.
A plus long terme, l’objectif est également d’entraîner une réflexion plus large sur l’attribution des Jeux olympiques…
Le CIO va effectivement devoir se remettre en question par rapport à ça après les Jeux. Nous, athlètes, essayons de lui tendre la main pour que l’esprit olympique ne se perde pas. Mais
on le met aussi devant leurs responsabilités. Et s’il accepte, c’est le signe qu’il tient encore à ces valeurs fondamentales qui font des JO une épreuve pas comme les autres.
Ne craignez-vous pas qu’on oublie tous ces événements dès la fin des Jeux ?
On passe toujours d’une chose à une autre. Les medias fonctionnent comme ça. D’autres gros problèmes sont aujourd’hui occultés par ce qui se passe en Chine. Tout ce qu’on entend est
filtré. En revanche, j’espère qu’un travail en profondeur va être effectué au niveau politique pour qu’il y ait des progrès. On s’en remet à eux, avant et après. Le rôle des sportifs
s’arrête à la mise en avant de ces problèmes.
Sur le plan personnel, où en êtes-vous ?
La préparation continue et m’a vraiment servi de défouloir par rapport à mes différentes sollicitations extérieures. Ça m’a fait beaucoup de bien.