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Sylvain COULLON - mardi 24 juin 2008 - 15h30 pour coach365.fr
Romain Mesnil, quelle est la nature exacte de la blessure qui a vous obligé à déclarer forfait lors de la Coupe d’Europe, dimanche ?
Je souffre d’une lésion d’1,5 cm de l’aponévrose du mollet gauche. C’est un tout petit truc mais, selon le médecin, c’est comme une fermeture éclair qui ne demande qu’à s’ouvrir. Je ne
ressens aucune douleur quand je marche mais il faut s’arrêter quinze jours avant de pouvoir reprendre à fond.
Comment vous êtes-vous blessé ?
Mon échauffement s’est très bien passé. A ma première course d’élan du concours, un point est monté dans le mollet sur les trois, quatre premières foulées. Je me suis arrêté et remis en bout
de piste. Et là, j’avais mal dès les deux premiers pas. Le médecin m’a d’abord dit que cela ressemblait à une contracture et qu’il sentait qu’il n’y avait pas de déchirure. Il a fait un point
de compression pour détendre. J’ai essayé de re-trotter mais j’ai rapidement vu que c’était mort.
Avez-vous hésité à tenter le coup pour l’équipe ?
C’était assez rude de voir le public scander mon prénom sans pouvoir rien faire et de s’arrêter alors que c’était une compétition par équipes, en France. J’ai d’ailleurs fait des impasses, en
me disant qu’après 25 minutes de massage, ça pouvait passer. Mais la douleur persistait et même la Fédération m’a dit de ne pas prendre de risque.
« Un maximum de prudence »
Quel est votre programme de reprise ?
Si je n’ai plus mal, je dois recommencer le footing vendredi et monter progressivement en puissance, avec un maximum de prudence.
Cette blessure était-elle prévisible ou est-ce seulement la faute à pas de chance ?
Une blessure, surtout musculaire, n’arrive jamais par hasard. C’est un mélange de plein de choses. J’ai vu sur l’IRM que j’avais une fragilité à cet endroit-là, liée à des antécédents de
blessures qui datent de cinq ou six ans. Il faisait chaud à Annecy et je n’ai peut-être pas assez bu. Mon échauffement a peut-être été aussi limite. La chaleur donne l’impression d’être chaud
musculairement alors que ce n’est pas forcément le cas. Pour la suite, il faut que je sois plus vigilant avec ce mollet, que je m’étire plus et que je sois davantage relâché dessus. Je
positive en me disant que cela va me faire cinq jours de repos pour récupérer un peu. Et c’est toujours mieux que cela arrive maintenant que dans trois semaines.
Ce problème peut-il se reproduire dans un futur proche ?
Le médecin m’a dit qu’une fois cicatrisé, je n’aurai plus de problème. Il faut seulement ne pas reprendre trop tôt et risquer que ça lâche encore plus. C’est la raison pour laquelle je prends
un peu de marge en m’arrêtant quinze jours.
Est-ce difficile à encaisser mentalement ?
Oui, c’est un peu dur. C’est arrivé à un moment où je me sentais super bien. Je sentais que les « perfs » pouvaient venir. Des compétitions vraiment intéressantes allaient venir, avec des
bonnes conditions. Et il faut désormais tout décaler pour réorganiser mon calendrier. Je devais faire une petite coupure mentale début juillet et je ne pourrai pas. Mais je me rassure
en me disant que j’étais bien. Je n’ai pas fait de grosses performances pour l’instant mais, au fond de moi, je sais que je les avais dans la tête, dans les jambes et techniquement. Il n’y a
pas péril en la demeure.
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| PANORAMIC |
Je suis ressorti frustré du meeting de Sotteville (5,50m, deuxième place derrière Jérôme Clavier). Tout allait très bien puisque j’ai passé 5,50m à mon premier essai, avec une grosse valise. Mais à 5,65m, ma perche a touché le tapis, qui était surélevé comme en configuration d’entraînement. Résultat : au moment de la flexion, ma perche s’écrasait contre le tapis, ce qui arrêtait complètement mon saut. Pourtant mes sensations étaient bonnes et mes deux sauts étaient vraiment bien. Ce que m’a confirmé mon coach. Après vérification, le tapis a été décalé pour ma dernière tentative à 5,75m. Et cette fois, je fais une erreur au décollage.
C’est dommage parce que j’étais vraiment parti pour aller haut. J’ai quand même été remis en confiance. Avant la réunion, je savais que ça finirait par passer mais j’avais quelques doutes. Là, je pense vraiment que c’est reparti. Mes problèmes de prise d’élan sont de l’histoire ancienne. J’en retire donc du positif car je suis persuadé à 100% que j’avais les jambes et la technique pour franchir 5,70m. J’aurais même pu aller au-delà, même si c’est toujours difficile de se prononcer.
Il me reste encore à gagner en sûreté et à fignoler la technique de saut mais ma saison est vraiment lancée. Physiquement, ce n’est pas encore grandiose mais j’ai bien récupéré cette semaine et je me sens assez solide. Tout ça va venir à force de faire des compétitions. Je n’ai aucune inquiétude avant d’aborder mon prochain concours lors de la Coupe d’Europe des Nations, ce week-end à Annecy.
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| PANORAMIC |
Romain Mesnil, vous avez décidé de ne plus communiquer sur les droits de l’homme après le meeting de Berlin (1er juin). Pourquoi ?
Cela avait tendance à me saturer. J’ai voulu mettre le holà médiatiquement parce que je prenais les choses un peu trop à cœur. Il fallait que je m’arrête car je sentais que j’allais dans le
mur. C’est moralement fatigant de devoir expliquer les choses en long, en large et en travers à tout le monde. J’en parlais même en compétition et j’ai trouvé que c’était trop. Le fait que les
performances n’aient pas été terribles (5,40m lors de ses deux premiers meetings, à Forbach et Berlin) a sûrement été l’élément déclencheur mais je ne pense pas que mes performances aient
réellement pâti de mon engagement.
Sur quoi avez-vous axé votre travail depuis dix jours ?
J’ai vu à Berlin que je faisais pas mal d’erreurs au niveau de mon décollage et de ma prise d’élan. J’ai donc bossé ça à fond avec des séances à bases d’exercices analytiques, qui m’ont bien
vidé. Si j’avais eu besoin de sauter en compétition, je l’aurais fait mais il fallait surtout que je me repose et que je me recentre sur mes défauts techniques. Ce ne sont pas des choses
énormes mais qui peuvent s’aggraver si on ne les corrige pas tout de suite.
Etes-vous inquiet de ne avoir déjà réalisé une grosse performance ?
Je ne m’inquiète pas par rapport aux minima puisque je bénéficie d’un statut protégé. J’ai vu quelques mecs très forts à Berlin, notamment les Russes. Ça va vraiment être costaud et il faudra
toucher à l’excellence parce que le niveau sera plus dense à Pékin qu’aux Mondiaux d’Osaka. Il n’y aura pas d’autre option possible que d’être très bon. J’avoue que j’ai pris une petite claque
dans la gueule…
« Hâte de faire des perfs »
D’autant que, dans le même temps, Brad Walker a franchi 6,04m à Eugene…
C’est impressionnant même si ce n’est pas terrible techniquement. J’ai vu son saut et on a du mal à croire qu’il est à cette hauteur. Il saute à l’américaine, c’est-à-dire qu’il court très vite
et « rentre dedans » en mettant beaucoup de puissance au décollage. Ensuite, c’est un peu brutal mais efficace puisque ça passe. Mais ce sera complètement autre chose aux Jeux Olympiques.
Pensez-vous pouvoir combler l’écart d’ici aux JO ?
Mon retard ne se situe qu’au niveau des résultats, pas de mes progrès à l’entraînement. Ce n’est pas angoissant mais c’est difficile de voir les autres aller haut. J’ai hâte de faire des «
perfs » parce que j’ai fait tout ce qu’il fallait pour que ce soit le cas. En même temps, je n’ai fait que deux compétitions depuis le début de la saison estivale, en n’étant pas totalement
préparé. Il ne faut pas s'alarmer. Les compétitions à venir vont, elles, être intéressantes.
Vous vous mettez donc plus de pression pour les prochaines échéances…
Oui, mais sans tomber dans l’excès. Je me dis qu’il faut que j’y aille, que je fonce et que je saute en me faisant plaisir.
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« Rappeler le but
de l’olympisme »
A l’issue d’une semaine de demi-repos, notre groupe s’est rendu dimanche à Bombanne pour une démonstration de saut à la perche extrême. Malgré des conditions météo pas idéales, qui nous ont empêché de sauter dans le lac, nous n’avons pas été déçus. Les sensations étaient bonnes et personne ne s’est blessé. Nous avons d’abord sauté d’un ponton, avec un atterrissage dans l’eau qui nous a permis d’effectuer plein de figures. On s’est bien éclaté à faire ce qu’on voulait dans les airs, sans se faire mal. D’autant que nos combinaisons nous protégeaient des « plats ». C’était en revanche moins évident sur l’océan. Les vagues étaient assez loin, avec peu d’eau. On a tout de même pu faire quelques sauts et réaliser de belles photos.
Le plus impressionnant a été de sauter dans un pare-feu placé sur les dunes. C’était à la fois excitant et un peu effrayant. Il y a avait un gros dénivelé, qui nous faisait perdre tous nos repères. Le sol défilait très rapidement et le fait d’être encadré par des arbres était déconcertant. C’était la partie la plus risquée, même si je n’ai jamais craint la blessure. Cette démonstration ne paraissani pas très éprouvante physiquement mais le fait de sauter de 14h00 à 19h00 m’a donné quelques courbatures. Si cette expérience ne me servira pas directement dans ma préparation, c’est intéressant dans la vision générale de la perche. J’aimerais la renouveler, mais après les Jeux…
Je vais désormais attaquer un stage national avec l’équipe de France à Monaco. On va s’entraîner deux fois par jour pendant une semaine. Cela permet de changer d’environnement, d’être totalement concentré sur l’entraînement et de trouver un peu de compétitivité. On ne se connaît tous très bien, mais c’est toujours plaisant de se confronter sur le sautoir. En ce qui concerne l’extra-sportif, les choses commencent à se calmer. On est en stand-by concernant le badge. David Douillet s’occupe du projet et on a attend désormais la réponse du CIO.
Mettre le CIO devant ses responsabilités|
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Romain Mesnil, comment réagissez-vous aux incidents qui ont eu lieu lors du passage de la flamme à Paris ?
Vous avez personnellement opté pour des moyens plus pacifiques avec la création d’un badge siglé « Pour un monde meilleur ». Comment est née cette idée ?
Ce message n’est-il pas trop consensuel pour frapper les esprits ? « On s’en remet aux politiques »
Quelles sont les prochaines étapes ?
A plus long terme, l’objectif est également d’entraîner une réflexion plus large sur l’attribution des Jeux olympiques…
Ne craignez-vous pas qu’on oublie tous ces événements dès la fin des Jeux ?
Sur le plan personnel, où en êtes-vous ? |
Si le CIO donne sont accord, les badges ou stickers portés par les athlètes pendant toute la durée des Jeux auront le message suivant inscrit: "POUR UN MONDE MEILLEUR" suivi des anneaux olympiques.
Le terme "un monde meilleur" est extrait de la charte elle meme:
"Le but du Mouvement olympique est de contribuer à la construction d’un monde meilleur et pacifique en éduquant la jeunesse par le biais d’une pratique sportive en accord avec l’Olympisme et ses
valeurs." (p13)
COMMUNIQUE:
Comme la plus part de ses pairs, Romain Mesnil, en tant que Président du Syndicat des Athlètes Français désirait montrer que les sportifs avaient une conscience civique et humaine et qu'ils ne pouvaient fermer les yeux devant le manque de progrès de la Chine vis à vis du respect des Droits de l'Homme.
Il s’implique depuis plusieurs semaines pour que les athlètes puissent porter pendant toute la durée des Jeux un signe qui montrerait leur attachement aux valeurs de l'Olympisme et au respect des Droits de l'Homme. Le port d'un ruban vert a été proposé dans ce sens mais considéré comme un signe distinctif à connotation politique, il serait alors en infraction avec la charte olympique.