
A l’issue d’une semaine de demi-repos, notre groupe s’est rendu dimanche à Bombanne pour une démonstration de saut à la perche extrême. Malgré des conditions météo pas idéales, qui nous ont empêché de sauter dans le lac, nous n’avons pas été déçus. Les sensations étaient bonnes et personne ne s’est blessé. Nous avons d’abord sauté d’un ponton, avec un atterrissage dans l’eau qui nous a permis d’effectuer plein de figures. On s’est bien éclaté à faire ce qu’on voulait dans les airs, sans se faire mal. D’autant que nos combinaisons nous protégeaient des « plats ». C’était en revanche moins évident sur l’océan. Les vagues étaient assez loin, avec peu d’eau. On a tout de même pu faire quelques sauts et réaliser de belles photos.
Le plus impressionnant a été de sauter dans un pare-feu placé sur les dunes. C’était à la fois excitant et un peu effrayant. Il y a avait un gros dénivelé, qui nous faisait perdre tous nos repères. Le sol défilait très rapidement et le fait d’être encadré par des arbres était déconcertant. C’était la partie la plus risquée, même si je n’ai jamais craint la blessure. Cette démonstration ne paraissani pas très éprouvante physiquement mais le fait de sauter de 14h00 à 19h00 m’a donné quelques courbatures. Si cette expérience ne me servira pas directement dans ma préparation, c’est intéressant dans la vision générale de la perche. J’aimerais la renouveler, mais après les Jeux…
Je vais désormais attaquer un stage national avec l’équipe de France à Monaco. On va s’entraîner deux fois par jour pendant une semaine. Cela permet de changer d’environnement, d’être totalement concentré sur l’entraînement et de trouver un peu de compétitivité. On ne se connaît tous très bien, mais c’est toujours plaisant de se confronter sur le sautoir. En ce qui concerne l’extra-sportif, les choses commencent à se calmer. On est en stand-by concernant le badge. David Douillet s’occupe du projet et on a attend désormais la réponse du CIO.
Mettre le CIO devant ses responsabilités|
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Romain Mesnil, comment réagissez-vous aux incidents qui ont eu lieu lors du passage de la flamme à Paris ?
Vous avez personnellement opté pour des moyens plus pacifiques avec la création d’un badge siglé « Pour un monde meilleur ». Comment est née cette idée ?
Ce message n’est-il pas trop consensuel pour frapper les esprits ? « On s’en remet aux politiques »
Quelles sont les prochaines étapes ?
A plus long terme, l’objectif est également d’entraîner une réflexion plus large sur l’attribution des Jeux olympiques…
Ne craignez-vous pas qu’on oublie tous ces événements dès la fin des Jeux ?
Sur le plan personnel, où en êtes-vous ? |
Si le CIO donne sont accord, les badges ou stickers portés par les athlètes pendant toute la durée des Jeux auront le message suivant inscrit: "POUR UN MONDE MEILLEUR" suivi des anneaux olympiques.
Le terme "un monde meilleur" est extrait de la charte elle meme:
"Le but du Mouvement olympique est de contribuer à la construction d’un monde meilleur et pacifique en éduquant la jeunesse par le biais d’une pratique sportive en accord avec l’Olympisme et ses
valeurs." (p13)
COMMUNIQUE:
Comme la plus part de ses pairs, Romain Mesnil, en tant que Président du Syndicat des Athlètes Français désirait montrer que les sportifs avaient une conscience civique et humaine et qu'ils ne pouvaient fermer les yeux devant le manque de progrès de la Chine vis à vis du respect des Droits de l'Homme.
Il s’implique depuis plusieurs semaines pour que les athlètes puissent porter pendant toute la durée des Jeux un signe qui montrerait leur attachement aux valeurs de l'Olympisme et au respect des Droits de l'Homme. Le port d'un ruban vert a été proposé dans ce sens mais considéré comme un signe distinctif à connotation politique, il serait alors en infraction avec la charte olympique.
En pleine préparation physique depuis le début du mois, Romain Mesnil maintient sa fraîcheur mentale grâce à des « séances techniques plutôt sympas », où se mêlent travail et confrontation.
Propos receuilli par Sylvain COULLON pour Coach365
La préparation se poursuit
On fait toujours pas mal de séances de musculation et de courses. C’était assez dur mais on sait qu’il faut en passer par là. La lassitude se fait d’autant moins sentir qu’on a également fait
quelques séances techniques plutôt sympas. A cause du mauvais temps, on a été obligé de s’entraîner en salle mercredi dernier (12 mars), où on a fait un concours avec dix mètres d’élan. Le but
est de travailler sur l’adaptation pour esquiver la barre. Deux jours plus tard, on a fait un concours d’une heure et demi avec des perches limites pour franchir 5,10m. Avec si peu de marge, il
fallait être extrêmement précis dans tout le saut pour passer.
Maintenir la motivation
Mon entraîneur Georges Martin aime bien qu’on se fasse des petits défis, avec des repères changeants. Et pas seulement au niveau de l’élan. On a par exemple récemment fait un concours où on
n’avait pas le droit de prendre plus de 4 mètres de levier (hauteur de la main supérieur sur la perche), ce qui est très dur pour les grands. Les niveaux de chacun changent en fonction des jeux.
Cela permet de travailler efficacement la technique tout en conservant l’esprit de compétition. Et comme ce n’est pas très fatigant, on peut effectuer énormément de sauts.
Saut extrême en interlude
On va sauter les 20 et 21 avril au lac de Bombanne, où l’on fait venir les media pour une petite démonstration d’ « extreme pole vault ». La première fois à la dune du Pyla, on avait seulement
sauté dans le sable, sans rien autour. Là, on va essayer de faire plusieurs choses différentes. On va d’abord sauter dans une fausse au milieu du lac. Puis on fera ça en mettant une piste sur un
ponton. Et en fonction des marées, on voudrait aussi passer au-dessus des vagues, sur l’océan. Les sensations sont différentes car on perd complètement les repères visuels habituels. Comme avec
tout ce qui est nouveau, il y a toujours un peu d’appréhension et une petite notion de risque à maîtriser. Mais cela permet de faire quelque chose de nouveau, tout en travaillant les repères dans
l’espace et se faisant un peu violence.
Stage d’élite à Monaco
Les meilleurs perchistes des groupes de Georges Martin et Gerald Beaudoin (entraîneur de Jérôme Clavier) se rassembleront du 25 avril au 2 mai à Monaco pour un stage axé surtout sur la technique.
C’est toujours intéressant de changer un peu d’air, d’univers, avec une confrontation un peu différente. Même s’il n’y aura pas de surprise car on a l’habitude de se voir assez souvent.
La Fédération Française d’Athlétisme a lancé en mars une vaste campagne de lutte et de prévention du dopage. Elle repose sur trois axes : la création d’un visuel fort, l’organisation de colloques avec des athlètes contrôlés positifs qui témoignent et la distribution de documents d’information aux jeunes licenciés. Romain Mesnil, vice-champion du Monde du saut à la perche en août dernier, porte un regard sans concessions sur les dangers du dopage. Interview.
Athle.com : La Fédération Française d’Athlétisme a lancé une vaste campagne de lutte et de prévention du dopage, appuyée par un visuel très fort (voir ci-dessous). Qu’en
pensez-vous ?
Romain Mesnil : Ce visuel est pas mal. L’image est très frappante, on a l’impression que l’athlète est prisonnier. Mais je pense que réduire le dopage a la triche est réducteur.
Pour moi, le dopage est avant tout une mise en danger du sportif. Car le plus grave, c’est que les sportifs dopés sont un peu les « cobayes » des laboratoires et des scientifiques qui les dopent.
C’est très contradictoire quand on sait qu’une des premières bases du sport, c’est la santé et le dépassement de soi…
Les conséquences du dopage peuvent d’ailleurs être dramatiques…
Le dopage détruit le corps du sportif. Il peut même entraîner la mort. Quand des sportifs décèdent sur le coup sur un terrain de football, personne n’ose parler de dopage pour respecter la
mémoire de la personne. Mais ça peut en être la conséquence.
La FFA a également décidé d’organiser des colloques où des athlètes contrôlés positifs témoigneront…
Faire de la prévention, c’est bien. Ces athlètes vont pouvoir raconter leur parcours, ce qui les a menés jusqu’au dopage. Mais il est important qu’ils disent la vérité. Il ne faut pas faire les
choses à moitié, ils doivent faire preuve d’une réelle franchise.
Les jeunes licenciés de nos écoles d’athlétisme vont également être sensibilisés aux dangers du dopage. Quel discours faut-il leur tenir ?
Il faut donner à tous ces jeunes la bonne vision du sport. Quand on débute l’athlétisme, on doit avant tout penser à s’amuser. L’objectif, ce n’est pas de devenir champion du Monde. Le sport,
c’est aussi progresser, quels que soient son niveau et ses qualités. Certains ont beaucoup de détente, d’autres ont un bon foncier. D’autres encore n’ont pas de points forts mais possèdent un
super mental. Ce qui est intéressant, c’est d’apprendre à exploiter ses propres qualités pour voir ses limites.
Le dopage fausse complètement cette vision…
Oui, le dopage fausse complètement ces données. Quand on se dope, on ne recherche que la gloire et l’argent. On se ment à soi-même.
Le dopage est-il un sujet tabou entre athlètes ?
Non, on en discute pas mal entre nous. C’est un sujet qu’on aborde relativement facilement. Le problème, c’est que les athlètes en arrivent à se soupçonner très vite entre eux. C’est un phénomène
qui se développe même en équipe de France.
La perche est une discipline très technique. Pensez-vous que votre épreuve soit plus épargnée que les autres par le dopage ?
Je crois à ça. Plus la discipline est technique, moins il y a de dopage. Ce qui ne signifie pas que notre discipline est à l’abri de ce fléau. Mais quand je vois la hauteur à laquelle j’arrive à
sauter par rapport à mes performances en vitesse et en musculation, je me dis que la technique joue un rôle primordial. Je sais que je peux rivaliser avec les meilleurs en étant propre. C’est
pour cette raison que je continue encore le saut à la perche à 30 ans. Sinon, j’aurais changé de sport depuis longtemps. J’ai choisi une phrase qui résume bien ma vision du dopage : Faire du
sport, c’est apprendre à se connaître. Se doper, c’est se perdre.